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18/06/2009 | Actualités

Retraite à 67 ans. Question prématurée !

Retraite à 70 ans

Illustration Na !

Le gouvernement juge aujourd'hui qu'un avancement de l'âge de la retraite au-delà de 60 ans est une piste envisageable.

Le ministre du Travail Brice Hortefeux avait mis l'idée sur la table dimanche, et le Premier ministre François Fillon a affirmé lundi que repousser l'âge de la retraite "n'est pas une question taboue" et "mérite un débat national".

En mai 2008, il avait pourtant affirmé que le report de l'âge légal, réclamé par le patronat, n'était "pas une piste".

Les réformes successives ont allongé la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein, de 37,5 ans avant 1994 à 41 ans en 2012.

Jusqu'à présent, aucun gouvernement n'avait touché à l'âge légal: les salariés peuvent donc partir à 60 ans, mais avec une pension amputée pour ceux d'entre eux qui n'ont pas assez cotisé.

En France, la cessation d'activité intervient en moyenne à près de 59 ans.



Dès l'annonce de ce possible débat sur la retraite, avec ce qu'il faut de polémique pour enflammer les réactions, les médias l'ont repris. Pendant ce temps, chaque jour ce sont des plans sociaux qui sont annoncés, agrandissant sans cesse les chiffres du chômage.

La question n'est pas, en effet, taboue, mais elle est prématurée !

Face à ce fléau du chômage qui va mettre hors emploi plus d'un million de personnes supplémentaires en 2009, n'est-il pas plus opportun d'analyser très vite la réalité terrain de l'emploi et du chômage ?
 
Plutôt qu'un calcul financier basé sur un déficit qui aurait pu être anticipé, cette analyse, en donnant une large place aux témoignages des intéressés eux-mêmes (jeunes, femmes, séniors) permettrait d'aborder les besoins actuels et futurs en ce qui concerne la retraite.

Rien qu'en ce qui concerne les "séniors" et les "jeunes" la problématique est faussée depuis plusieurs années par des injonctions paradoxales comme "je refuse d'embaucher un jeune car il n'a pas d'expérience" ou bien "les séniors devront se résoudre à travailler plus s'ils souhaitent, eux aussi, gagner davantage". Les uns comme les autres se voient reprocher un manque qui n'est pas de leur fait. Et durant cette période d'éviction leurs cotisations retraite est mise à mal...

A quand une ouverture d'esprit plus réaliste ?

L'ouverture d'esprit, ce pourrait être de regarder cette situation autrement qu'à travers le prisme - réducteur - du régime de retraite. C'est aussi se saisir du sujet dans sa globalité et anticiper la gestion de l'emploi de demain en prenant en compte la dimension psychologique des motivations comme des réflexes. Employeurs comme salariés ont changés sur ces points tout en gardant souvent référence à des croyances obsolètes.

L'ouverture d'esprit serait de regarder les choses en face. Par exemple, on sait par de nombreux témoignage que dès la quarantaine l'employabilité est fortement dévalorisée. Pourquoi s'obstiner à mesurer l'emploi selon les tranches de "moins de 25 ans", "25-49 ans" et "plus de 50 ans" ? Pas de risque, dans ces conditions, de s'inquiéter de ce qui n'est pas mesuré pour les quadragénaires !

Mais si néanmoins le débat sur la retraite ne peut attendre, pour un besoin urgent de finances des retraites, le "Conseil d'orientation des retraites" prévu en février 2010, voici deux pistes à explorer :
 
Pour clarifier les choses :

1- Le profit, c'est ce qui reste aux entreprises lorsqu'elles ont vendu leur production, réglé leurs fournisseurs et leurs impôts, puis payé leurs salariés et acquitté les cotisations sociales (ce qu'on appelle la «masse salariale»). En 2007, les entreprises françaises non financières ont dégagé 214 milliards d'€ de profits.

2- Dans le PIB, la part de la masse salariale représente 67% (10 points de moins depuis 1982) et la part du profit 33% (inchangée depuis le pic de 1989 et conséquence du basculement de cette répartition en sa faveur, amorcé en 1982 par l'instauration progressive d'un gel des salaires, d'un chômage de masse et d'une précarisation de l'emploi).

3- Quant au partage du profit, il va d'abord à l'investissement (57%, une chute de 18% depuis 1990 en faveur du parasitisme économique), aux actionnaires (36%, soit une hausse de 14% sur la même période ) puis aux salariés sous forme de participation, d'intéressement ou d'épargne salariale (7%).

Ces dispositifs, passés de 2,5% en 1990 à 7% aujourd'hui, sont non seulement aléatoires mais inégalitaires. De plus, même si certains d'entre eux sont soumis à l'impôt, ils échappent aux cotisations sociales. Et leur progression n'est qu'un vague lot de consolation à côté de la spoliation en règle que le salariat subit depuis les années 80 : 53 milliards d'€ par an, selon l'hypothèse basse de l'économiste Frédéric Lordon.

L'autre, non dénuée d'humour, est de demander aux bénéficiaires du meilleur régime de retraites, les députés et les sénateurs, de se poser une question sans tabou :

"Quels privilèges financiers suis-je prêt à abandonner pour contribuer à colmater le déficit des caisses de retraites ?"

 

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