Plusieurs éléments ont d'emblée affaibli l'enjeu politique du scrutin pour les électeurs, à commencer par la crise économique et financière. "Ce qui compte actuellement pour eux, c'est : vont-ils ou non garder leur emploi?", souligne M. Chopin, de la Fondation Robert Schuman. Pour le citoyen, le lien entre les réponses à ces questions et le vote au Parlement européen n'est pas évident, ajoute-t-il.
La concurrence des modèles sociaux au sein de l'Europe est une des raisons de la désaffection actuelle des citoyens par rapport au projet européen. Pour rapprocher l'Union des Européens, il est temps de définir un véritable modèle social européen. L'ensemble des dispositifs de protection sociale et d'emploi constitutifs de "l'Etat social" sont en effet profondément enracinés dans les frontières nationales.
Conclusion. Le parti qui arrive de très loin en tête, c'est celui des abstentionnistes. Les instituts de sondages livreront sans doute quelques indices sur ces électeurs restés chez eux. Question âge, les jeunes semble-t-il n'ont pas beaucoup voté. Concernant les catégories sociales, les gens de condition modeste se sont abstenus plus que la moyenne. Ces résultats ne comptent pas dans le scrutin, universel par essence, mais pour interpréter la vie politique, on ne peut pas refuser ces données statistiques permettant d'interpréter les raisons de cette abstention massive. D'ailleurs, il serait bon de disposer de toutes les données, pays par pays. Nous verrions apparaître une image de l'Europe et un contraste saisissant entre, l'Europe telle qu'elle est vécue et perçue, et l'Europe telle qu'elle est vendue par les politiciens. En France, si les tendances se confirment, alors nous verrions une contradiction entre l'Europe présentée comme un continent porteur d'espérance, protecteurs des plus fragiles, et le profil sociologique des abstentionnistes montrant que les jeunes ne croient pas en un avenir porté par l'Europe tandis que les pauvres et les modestes ne se sentent pas protégés par cette Europe qu'ils ne perçoivent pas du tout comme sociale. Ces considérations devraient permettre de confirmer et d'expliquer un peu les raisons du divorce entre les élites européennes, celles qui vendent l'Europe, et les populations européennes, celles qui subissent la crise, vivent en Europe mais sans y croire.
En France, malgré plus de trois millions d'actifs sans emploi, ce grand parti virtuel d'abstentionnistes a obtenu un paradoxe bien dangereux pour l'avenir : gagner les élections européennes tout en faisant perdre à l'emploi ses perspectives d'actes concrets de l'Union pour résorber la crise sociale.