Les Vingt-sept ont abandonné l'idée d'organiser un conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement extraordinaire consacré à l'emploi le 7 mai prochain à Prague. La France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et la Belgique, notamment, ont estimé qu'un sommet informel sur l'emploi aurait suscité « des attentes trop fortes » avant les élections européennes de juin.
Les chiffres ont de quoi inquiéter : 700 000 emplois perdus au cours des trois derniers mois de 2008 et, selon le patronat européen, 4,5 millions de chômeurs en plus en 2009.
La hausse du chômage, une tendance lourde
Crise économique oblige, le nombre de demandeurs d'emploi en Europe est en train de progresser. La tendance devrait se poursuivre dans les deux prochaines années. Les grandes économies de la zone euro, France et Allemagne, sont en première ligne. Dans l'Hexagone, le nombre de demandeurs d'emploi est repassé au-dessus du seuil symbolique des deux millions à la fin octobre. Les pays nordiques sont aussi durement frappés.Remontée du chômage en Europe du Nord
Toutes les grandes économies de la zone euro sont touchées. L'Espagne, dont l'économie est en plein ralentissement, a vu son taux de chômage augmenter une nouvelle fois au troisième trimestre 2008, pour atteindre 11,33%. C'est le chiffre le plus haut depuis 2004. En Italie, malgré les grandes difficultés économiques, il n'est que de 6,8%, c'est-à-dire moins qu'en France, en Allemagne ou en Espagne.
Les pays nordiques ne sont pas épargnés. En Norvège, le taux de chômage s'est élevé à 1,8% de la population active en novembre, contre 1,7% en octobre. Au Danemark, le niveau du chômage a, lui aussi, augmenté en octobre pour s'établir à 1,7% de la population active contre 1,6% en septembre. Dans ces deux pays, il s'agit de la première hausse depuis cinq ans. L'Islande, très affectée par la crise qui a mis à genoux son système financier, va connaître deux années de forte récession avec une hausse du chômage.
Cette tendance générale est confirmée par les dernières estimations de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). Le nombre de personnes sans emploi dans la zone euro va passer de 34 millions actuellement à 42 millions d'ici 2010. Selon l'OCDE, le taux de chômage devrait donc passer de 5,9% en 2008 pour l'ensemble des pays de la zone qui couvre essentiellement les pays riches, à 6,9% en 2009 puis à 7,2% en 2010.
L'Union reconnait une certaine impuissance
"On ne veut pas, à quelques semaines des élections européennes, donner l'impression que les autorités peuvent garantir l'emploi par une surenchère d'initiatives", a expliqué le Premier ministre belge, Herman Van Rompuy. "Cela ne pourrait déboucher que sur des déceptions. Ce n'est de toute façon pas le 7 mai qu'on aurait découvert le problème de l'emploi", a-t-il assené.
La présidence tchèque de l'UE, pourtant peu réputée pour ses penchants sociaux, avait annoncé à la mi-février la tenue de ce sommet consacré aux moyens de faire face à la hausse du chômage provoquée par la crise.
"L'emploi est une préoccupation constante et ravivée des dirigeants européens", a souligné le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois Jean-Claude Juncker, "très inquiet" sur son évolution en 2009.
"Il est très difficile de mettre les Européens d'accord entre eux, même sur les bonnes politiques de l'emploi", a-t-il convenu.
Le domaine social étant fermement défendu par les Etats comme leur pré carré, les initiatives européennes sont toujours accueillies avec méfiance.
"Je ne crois pas qu'il serait faisable d'accorder des moyens budgétaires européens supplémentaires aux politiques de l'emploi. Telle ne me semble pas être la direction dans laquelle ce débat va évoluer", a prévenu M. Juncker, qui préside aussi "l'Eurogroupe".
L'Union européenne se contentera d'une rencontre entre la présidence de l'UE, la Commission européenne et les partenaires sociaux. Le lieu de cette réunion -Prague ou Bruxelles- n'est pas encore fixé.