«La situation est grave et se détériore». C'est en ces termes que Barack Obama a commenté les derniers chiffres du chômage publiés aux USA. En décembre, 524.000 emplois y ont été détruits. Sur l'ensemble de l'année 2008, les USA ont perdu 2,6 millions d'emplois.
En France, le dernier chiffre connu est tout aussi préoccupant : 64.000 nouveaux chômeurs ont été comptabilisés en catégorie 1 en novembre 2008 (+ 160.000 depuis août). Les chiffres de décembre, et plus encore de janvier, février et mars pourraient (devraient) être pires, avec la mise en œuvre des plans sociaux annoncés ces dernières semaines.
Dans les 6 prochains mois, des dizaines de milliers de familles se retrouveront impactées par le chômage. Quand 160.000 nouveaux chômeurs sont comptabilisés, ce sont 400.000 ou 500.000 personnes (enfants, conjoints, parents...) qui sont touchées directement ou indirectement par la perte d'emploi d'un proche. On mesure les conséquences désastreuses qui se cachent derrière ces «chiffres bruts».
Ces dizaines de milliers de nouveaux demandeurs d'emploi viennent grossir les rangs des 2 millions de chômeurs déjà inscrits à l'ANPE/Pôle Emploi en catégorie 1 (le taux officiel du chômage en France). Deux millions de chômeurs, ce sont 6 à 7 millions de personnes directement ou indirectement impactées par la perte d'emploi d'un proche.
Et pourtant, ces millions de personnes et leurs familles n'apparaissent nulle part ailleurs que dans les statistiques (souvent biaisées). Seuls quelques collectifs de chômeurs et de précaires assurent une permanence symbolique lors des grandes manifestations et rassemblements. APNÉE/Actuchomage, tente sans succès depuis 5 ans de mobiliser sur le terrain nos lecteurs, sympathisants et adhérents. Et alors qu'ils se comptent par dizaines de milliers sur le Web, ils se retrouvent à une petite douzaine dans la rue (comme le 1er mai dernier à Paris). Dans ces conditions, comment peuvent-ils espérer se faire entendre et respecter par les centrales syndicales - qui les ignorent le plus souvent -, les organisations patronales et le gouvernement ?
Face aux conséquences désastreuses de la crise, l'année 2009 devrait être marquée par de puissants mouvements de mobilisation en faveur de l'emploi et du pouvoir d'achat, à commencer par le 29 janvier prochain, jour de grève nationale et de manifestations.
Pour 2009 donc, Ils lançent l'initiative «Chômage ANNÉE NOIRE». Ils appelent les chômeuses, chômeurs, travailleurs précaires et leurs familles, à se joindre aux cortèges, rassemblements et manifestations, habillés en noir et équipés d'un parapluie de la même couleur avec (de préférence) inscrit sur l'ombrelle, à la peinture blanche : «Chômage ANNÉE NOIRE», «Chômeuse», «Chômeur» ou tout autre mot ou slogan en rapport.
Ils initieront à Paris, le 29 janvier prochain, cette proposition ouverte (donc à affiner). Ils vous proposent d'en discuter sur leur forum «Exprimez-vous» et de trouver ensemble d'autres modes d'expression et de visibilité originaux pour les manifestations et rassemblements futurs. "Nous vous tiendrons informés de l'évolution de nos discussions et réflexions, et des lieux de rendez-vous que nous fixerons à celles et ceux qui voudront se joindre à nous." assurent-ils avec conviction.
Et les syndicats dans tous ça ? par Gérard PLUMIER (1)
Le 15 décembre dernier, les syndicats de salariés signaient un appel commun : «Les organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, UNSA) appellent les salariés du privé et du public, les chômeurs et les retraités, à une journée nationale de mobilisation interprofessionnelle le 29 janvier 2009 : elle donnera lieu dans tout le pays à des grèves et des manifestations.»
Cet appel précisait : «Les organisations syndicales rendront publique le 5 janvier 2009, une déclaration commune développant leurs propositions et revendications».
Une com' très... assourdie
Ces syndicats (c'est à dire l'ensemble des syndicats nationaux de salariés) ont effectivement signé le 5 janvier une déclaration commune «Propositions et revendications».
Toutefois, on ne peut pas dire que cette déclaration ait fait l'objet d'une annonce tonitruante. Ce silence médiatique tiendrait-il au fait qu'aucune décision ne semble avoir été prise quant aux formes que pourrait prendre cette mobilisation ?
Tour d'horizon
Sur leurs sites respectifs, la CFDT souhaite une «mobilisation massive et réussie» (considérant cet appel comme «un compromis [ ? ndlr ] dans lequel la CFDT se retrouve tout à fait»), la CFE-CGC «appelle à se mobiliser avant une explosion sociale plus ou moins contrôlée», la CFTC publie sans commentaires l'«appel du 29 janvier», la CGT annonce une «Action nationale unitaire», FO affiche : «Grève interprofessionnelle et manifestations» (sur un document sans référence unitaire), la FSU appelant «les fonctionnaires et agents publics à participer massivement à la grève et aux manifestations le 29 janvier» ; pour Solidaire, c'est «le 29 janvier, on fait grève tous ensemble» et enfin l'UNSA diffuse «en info» l'appel signé le 5 janvier.
Unitaire ?
A l'évidence, tout ceci ne reflète pas une grande harmonie.
Faut-il y voir une résonance des actuels désaccords syndicaux autour de l'assurance chômage ?
Les tout récents couacs dans la mobilisation - ratée - à l'occasion du lancement du "Pôle emploi" se sont-ils liés à la baisse des thermomètres pour geler ce bel élan unitaire ?
Ce serait à désespérer - une fois encore - de nos syndicats !
La parole sera inévitablement à la rue.
L'enjeu est aujourd'hui bien trop grave pour que le monde salarié se taise. La détresse des travailleurs français va croissante, autant chez ceux qui ont déjà perdu leur emploi - ou sont en passe de le perdre - que chez ceux qui ont encore la chance d'être encore en activité.
Les sphères politiques méritent plus que jamais ce nom : elles sont... à part !
Le 29 janvier ou un autre jour, le peuple ne pourra plus se taire. Avec ou sans les syndicats, il va parler !
(1) auteur de "CHÔMAGE SENIOR : ABÉCÉDAIRE DE L'INDIFFÉRENCE" publié chez L'Harmattan