40 000 actifs sans emploi - appelés communément « chômeurs » - de plus au mois d'août dernier !
Tout le monde en parle aujourd'hui et c'est l'occasion de discourir sur la récession. Les arguments récurrents ressortent, comme « c'est la faute à la crise » (Christine Lagarde - Libération 28/09) ou bien « les chômeurs ne sont pas mobiles » (Xavier Bertrand - « Grand rendez-vous » Europe 1 - Le Parisien)
Il semblerait même que l'intérim soit une des causes principales de cette montée en flèche du chômage cet été. De là à ce que ces intérimaires sortis de leur mission et s'étant inscrits à l'ANPE soient accusés d'être parti en vacances au mois d'août...
Plus sérieusement, le gouvernement emboîte le pas de Nicolas Sarkozy qui nous prévenait depuis Toulon, par un message subliminal, de nos malheurs prochains, le chômage entre autre. Ce gouvernement annonce une « réunion de crise » après avoir, par la voix des ministres concernés, prévenu d'un mauvais chiffre à venir. Le Parisien (ce jour) nous donne même le « menu » de cette réunion :
- 1 conseiller attitré à chaque demandeur d'emploi dans le cadre du PPAE ; - Amélioration des offres d'emploi + les 300 000 offres non pourvues (?) ;
- Aide à la mobilité : Coup de pouce financier au permis de conduire et «garage mobilité» agence ANPE-ASSEDIC (prêt de véhicules ou Deux roues pour 1 ou 2 mois).
Dommage qu'aucun « actif sans emploi » ne soit invité à cette réunion de crise. Cela aurait été l'occasion d'évoquer la persistante cécité des gouvernements successifs sur l'emploi. Rester dans une relation opposant « employeur » et « salarié », « emploi » et « chômage », « entreprise » et « masse salariale », c'est nier que le « pouvoir d'emploi » est partagé. Rien que les points évoqués plus haut semblent dire qu'à la crise du chômage il faut agir sur ...le demandeur d'emploi. C'est oublier bien vite les aspects socio-économiques de l'emploi. Le pouvoir de créer un emploi, le pouvoir d'occuper un emploi est bien plus malmené par l'Etat. Ce sont les mesures d'accompagnement de l'emploi alignés vers le bas (Contrats précaires, RSA, appels à des structures privées,...) et les charges pesant sur les entreprises qui viennent aggraver une situation en pleine mutation. Alors que les discours et décrets récents stigmatisent le demandeur d'emploi pour cautionner encore plus un lien condescendant entre le recruteur et le candidat. on s'étonne que le dialogue passe mal entre eux. A quand un recruteur, public ou privé, obligé d'accepter une candidature « raisonnable » après avoir feint d'embaucher durant un certain temps ?
J'ai déjà eu l'occasion de le dire dans une tribune sur le Net : "C'est aussi en stoppant l'amateurisme grandissant du recrutement que l'emploi s'oxygènera". Il existe une montée des emplois services et une multiplication des contrats aidés dont sont friands les associations ainsi que les administrations (Education nationale...). De ce fait, n'importe qui pouvant s'improviser recruteur, il est nécessaire de règlementer au plus vite cette profession.
Un exemple concret de l'incidence de mesures irréfléchis : Ce matin sur RTL, émission vers 9 h, une auditrice explique qu'elle avait une agence de location de voitures ; elle va s'inscrire au chômage parce qu'elle n'a pas fait le poids face aux grandes sociétés de location. Ce soir, la « réunion de crise » va évoquer une mesure de location de voitures par...l'ANPE-ASSEDIC. Les associations intermédiaires ont plombé en son temps bien plus d'un artisan. L'expérience n'a pas servi puisque les erreurs se reproduisent. A moins que ce soit sciemment... ?
Laissez nous le « Pouvoir d'emploi » et réfléchissez à celui du politique ! Revoyez les « privilèges » et vous trouverez du financement pour accompagner ce binôme indissociable, employeur / actif avec ou sans emploi. La hausse du chômage augmente aussi cette majorité silencieuse qui supporte de moins en moins de subir en plus l'annonce des avantages démesurés offerts à certains privilégiés.
« Cela fait deux décennies que les français sont indifférents au chômage sauf s'il touche leurs proches. » (Bernard Dugué - Agora Vox). Il est temps de comprendre que rares sont maintenant ceux qui n'ont pas un proche au chômage.
Vincent de ROCHER-LECLERCQ
Professionnel R.H.
Responsable éditorial Inter-Emploi.net